*La triangulation valide d’une signature ancestrale

Nos signatures ADN-mt et ADN-Y sont les signatures de nos ancêtres, respectivement en matrilignage et en patrilignage. Or, cet ancêtre maternel ou paternel n’est pas nécessairement celui que nous avons identifié dans nos recherches documentaires, et cela même si nous sommes certains de la validité de nos recherches documentaires et de l’authenticité des résultats qui sont produits.

Prenons un exemple. Supposons que vos recherches documentaires indiquent que votre ancêtre en matrilignage était Marie MARGUERIE née en 1620 à Rouen en France. Elle épousa Jacques HERTEL le 23 août 1641 au Québec. Sa mère était Marthe ROMAIN et sa grand-mère, probablement, Geneviève LEFRANC.

Pouvez-vous affirmer avec grande certitude que votre signature ADN mitochondriale est celle que possédait Marthe ROMAIN ou encore de Geneviève LEFRANC même si dans votre arbre généalogique vous n’hésitez pas à les inscrire fièrement à la tête de votre matrilignage? La réponse à ma question est évidemment NON. D’abord une documentation claire manque entre Marthe ROMAIN et Geneviève LEFRANC. Ensuite, Marie MARGUERIE n’avait peut-être pas Marthe ROMAIN comme mère. A beau mentir qui vient de loin. Enfin, même si sur votre sentier matrilinéaire si consciencieusement documenté par des actes BMS conduit jusqu’à l’aieule Marie MARGUERIE, première arrivante, rien n’indique pour l’instant que cela correspond à la réalité biologique. En effet, un *Événement Non Parental* (ÉNP) a pu se produire quelque part dans votre ascendance présumée jusqu’à Marie MARGUERIE. En effet, une adoption ou une assimilation en douce d’une petite fille abandonnée, soit par Marie MARGUERIE elle-même ou par l’une de ses descendantes a pu se produire, venant interrompre la transmission de la signature ADN-mt de Marie MARGUERIE jusqu’à vous. Je vous invite à relire la rubrique portant sur les sources d’ÉNP.

Bien que les ÉNP en lignée utérine soient assez rares, il faut néanmoins démontrer qu’un descendant utérin possède réellement la signature de son ancêtre matrilinéaire alléguée sur le plan documentaire.

Cette démonstration peut se faire grâce à l’ADN mitochondrial qui suit la lignée utérine, la lignée des mères. Si Marie MARGUERIE est votre ancêtre en matrilignage alors la loi biologique concernant la transmission de l’ADN mitochondrial s’applique et elle implique que vous possédez la même signature ADN-mt que cet ancêtre en matrilignage. En effet, l’ADN-mt se transmet de mère en fille dans la lignée du matrilignage. Marie MARGUERIE a transmis son ADN-mt à ses filles qui, une fois mères, l’ont transmis à leur tour à leurs filles, et ainsi de suite de génération en génération aux filles descendantes, y compris à votre mère et finalement à vous. De plus, tous les autres descendants en matrilignage de Marie MARGUERIE possèdent aussi sa signature ADN-mt et ette signature devrait concorder avec la vôtre.

Pour tester cette hypothèse voulant que vous possédez la même signature que Marie MARGUERIE il vous faut commander un test ADN-mt. Or, par chance pour vous, la signature ancestrale de Marie MARGUERIE a été validée et portée au Catalogue des signatures ancestrales validées à http://signatures-ADN.org

Cette signature appartient à l’haplogroupe mitochondrial W1-T119C (W1 avec la mutation superflue T119C). Les mutations trouvées dans les régions hypervariables I (HVR1) et II (HVR2) se trouvent à http://bit.ly/1NJFB8p. Les mutations de la région codante (CR) ne sont pas listées pour des raisons éthiques. En effet, la région codante fait l’objet d’un embargo de la communauté des G/ADN parcequ’il arrive qu’elle présente des mutations révélant des susceptibilités de santé.

Si votre signature est bien W1-T119C (avec T119C en HVR2) et vous possédez les mêmes mutations que la signature triangulée au Catalogue, alors c’est que vous êtes un-e authentique descendant-e utérin-e de Marie MARGUERIE. Ce constat valide par surcroît vos recherches documentaires. En effet, quelle est la probabilité de (1) posséder la signature mitochondriale de Marie MARGUERIE et (2) que vos recherches documentaires conduisent à ce même ancêtre en matrilignage mais que Marie MARGUERIE ne soit pas véritablement votre ancêtre utérin? Cette probabilité est extrêmement faible.

Supposons maintenant que la signature de votre ancêtre utérin n’ait pas été auparavant triangulée. Vous devez la trianguler en comparant votre signature ADN-mt à celle d’un ou de plusieurs autres descendants utérins avérés sur le plan documentaire de Marie MARGUERIE. Un descendant utérin peut être un homme ou une femme. La triangulation est une opération qui consiste à établir une double concordance entre deux personnes, (1) d’une part au niveau de leur ascendance se rejoignant sur un ancêtre commun, et (2) d’autre part, la concordance de leurs signatures d’ADN mitochondriales.

Cet ancêtre qui est partagé par les deux lignées des mères est appelé Ancêtre Commun le Plus Récent (ACPR; en anglais : MRCA pour Most Recent Common Ancestor).

Deux personnes dont l’apparentement est signalé par la possession de signatures génétiques qui coïncident l’une avec l’autre, qu’elles portent ou non le même patronyme, possèdent un ancêtre commun en patrilignage ou en matrilignage.

Cet ancêtre a pu vivre très récemment ou, au contraire, il y a fort longtemps. Le généalogiste n’a parfois qu’à documenter consciencieusement la lignée de chacun des apparentés pour trouver, à la croisée de leurs lignages respectifs, l’ACPR dont leurs lignées concernées descendent. Cet ACPR et tous les descendants qui sont dans sa descendance monoparentale (en patrilignage ou en matrilignage) partagent donc obligatoirement la même signature d’ADN-Y, ADN-mt ou le même segment d’ADN-A, selon le cas.

Il n’est pas toujours possible de retrouver cet ancêtre et de fournir une preuve documentaire pour chacun des descendants. Mais lorsque c’est possible, la découverte de la signature ADN-Y d’un l’ACPR à partir de la coïncidence exacte des signatures de descendants avérés sur le plan documentaire s’appelle une triangulation.

Or, au moment du test, il faut s’assurer que le dispositif mis en place élimine les explications rivales. Sinon, les résultats manqueront de validité et seront contestables (scientifiquement).

Étant donné le caractère aléatoire des mutations, deux signatures d’ADN peuvent coïncider parfaitement et l’ACPR avoir vécu il y a fort longtemps, bien avant l’établissement des registres et la stabilisation des patronymes.
Par ailleurs, deux signatures peuvent aussi différer sur un ou quelques marqueurs tout en étant celles de descendants dont l’ACPR aura vécu assez récemment d’après les sources documentaires.

Une triangulation réussie demeure toujours une hypothèse qui aura été confirmée une première fois. La validation d’une triangulation pourra donc se faire en répétant l’opération avec des signatures additionnelles d’apparentés qui possèdent le même ACPR. Et, comme toute hypothèse, elle deviendra de plus en plus supportée par l’ajout de nouvelles triangulations partageant le même ACPR.

S’assurer de la validité d’une triangulation

Prenons un cas limite pour illustrer l’absence de validité. Votre sœur utérine ou votre frère utérin possèdent la même signature ADN-mt que vous. Votre ACPR matrilinéaire est bien évidemment votre mère. Or, il est évident que de réussir une triangulation en comparant les matrilignages et les signatures ADN-mt d’un frère et de sa sœur ne présente aucune pertinence, ni de validité en regard de l’ADN-mt de l’ancêtre Françoise PILOIS.  Ni entre cousins et cousines.

En effet, il est possible que la transmission de l’ADN-mt entre l’ancêtre Françoise PILOIS et les deux personnes dont les signatures d’ADN-mt sont comparées ait été interrompue par un événement non maternel. Les deux personnes montrent des signatures identiques mais qui ne sont pas celle héritée de l’ancêtre Françoise PILOIS.

Il faut donc trouver des personnes qui descendent du même ancêtre mais dont vos deux collatérales s’écartent assez tôt l’une de l’autre.

Toute la difficulté réside dans le recrutement des personnes qui sur le plan documentaire sont avérées descendre d’un même ancêtre en patrilignage ou en matrilignage et à les convaincre de se faire tester.

Dans d’autres cas, les signatures de deux ou de plusieurs personnes coïncident dans les bases de données. Il s’agira de les contacter et de les inviter à documenter leur ascendance en matrilignage ou patrilignage.

La triangulation n’est pas une démarche *statistique*, reposant sur le plus grand nombre ou la majorité. C’est une opération logique, un inférence.

Ainsi, le fait de trouver que de nombreuses signatures ADN-Y d’hommes au même patronyme coïncident ne remplace pas une triangulation.
Encore une fois il a pu se produire un ÉNP. Un des descendants d’un premier arrivant a peut-être adopté un jeune garçon dont la descendance a été extrêmement prolifique, surpassant en cela celles de tous les véritables descendants. Ainsi, la fréquence élevée d’un haplotype dans un lot de signatures pourra refléter un manque de représentativité des signatures enregistrées jusque là dans un projet patronymique. En effet, faire tester son ADN peut relever de la contagion dans une même famille, étant le fruit de l’enthousiasme.

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