*Romantisme ancestral ou généalogique

Le romantisme ancestral ou généalogique est une attitude qui consiste à porter une attention toute particulère aux indices historiques ou documentaires qui viendraient ajouter un peu d’originalité à nos origines ou qui  viendraient en confirmer la *pureté*.  Le généalogiste romantique est enclin à accepter comme preuve documentaire davantage d’indices *faux positifs*, parce qu’ils vont dans le sens des origines qu’il ou elle souhaiterait avoir. En psychométrie cette erreur s’appelle *erreur d’anticipation* ou *erreur de sélection*. C’est une erreur favorisée par des préconceptions qui visent à améliorer notre propre image.

Par exemple, le romantisme ancestral agrémentera une généalogie d’ancêtres plus ou moins avérés mais qui auront été des nobles ou des gens importants dans la société de leur temps. C’est particulièrement facile de commettre cette erreur d’envie pour l’époque où les noms de famille n’étaient pas encore bien consolidés.

D’autres généalogistes se complairont dans des origines amérindiennes, juives ou autres comme si leurs origines véritables manquaient d’originalité ou de *saveur*. Ainsi, ils mettront en valeur leurs origines *premières nations* même si ces origines ne sont pas plus importantes que celles de la grande majorité des québécois issus du peuplement de la Nouvelle France. En effet, quel québécois de souche, ou quel acadien n’a pas quelques ancêtres amérindiens? D’autres sauteront à la conclusion que leur ancêtre était juif sur la base de la première lettre de l’haplogroupe auquel leur ADN appartient. Ce n’est pas très sérieux.

Le romantisme ancestral se manifestera aussi dans une attitude dogmatique contraire, par le déni de l’impureté des origines. Ainsi certains refuseront d’admettre, malgré des évidences scientifiques, que des amérindiens ou des esclaves africains firent partie de ses ancêtres. Les juifs refuseront d’admettre que des gentils font partie de leurs ancêtres en se convertissant au judaïsme. Cela va en effet à l’encontre des enseignements dogmatiques qu’ils ont reçus.
D’autres généalogistes nieront que des événements non parentaux (ÉNP) se soient produits dans leur généalogie, alors qu’on estime selon les époques et les pays qu’entre 1% et 20% des enfants des couples peuvaient être utérins ou non issus des parents culturels. Un ÉNP est tout facteur qui conduit à ce qu’un enfant n’ait pas été engendré biologiquement par l’un et l’autre de ses parents culturels ou sociaux. C’est le cas lors d’une adoption, d’une assimilation d’un enfant d’un premier mariage ou de celui d’une fille mineure de la famille tombée inopinément enceinte, d’une infidélité conjugale, etc.
Ce déni ne conduit pas uniquement à un manque de collaboration mais dans certains cas à un retrait de leurs résultats d’une base-de-données publique. Il peut même conduire à un acharnement inutile contre ceux qui valorisent la rigueur intellectuelle et la vérité quand il s’agit d’établir  des connaissances généalogiques.

Le romantisme ancestral ou généalogique pourra aussi introduire un glissement dans la perception des faits scientifiques. Ainsi, qu’un ADN s’avère amérindien fondateur ou non repose sur des connaissances scientifiques (phylogenèse, distribution, &c). Pourtant, le romantisme généalogique pourra conduire au déni d’un tel constat en toute ignorance des principes méthodologiques qui ont conduit à l’établissement de cette régularité. Pour défendre un point de vue qui s’avère objectivement indéfendable, certains iront même jusqu’à accuser les chercheurs d’avoir faussé une taxonomie dans le but de faire valoir un point de vue contraire au leur.

 

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